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  Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !

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GIBET
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MessageSujet: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   6/10/2015, 14:04


Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !
mardi 30 septembre 2014
Par Jacques Duplessis
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Pas facile à décoder cette grève des pilotes d’Air France. Tout s’y déroule à contretemps et personne n‘y comprend a priori plus rien : Ils appartiennent à une grande entreprise, un des poids lourds de son secteur, mais se disent très inquiets alors que pointe le retour aux bénéfices. Ils vivent du transport aérien, de plus en plus bataillé, mais semblent insensibles à l’opinion de leurs clients ainsi qu’aux sacro-saintes « contraintes » liées à la concurrence et au marché. Ils incarnent le luxe à la française, ont un style de vie envié, exercent un métier haut de gamme, bénéficient d’une technologie d’avant-garde, mais ils n’hésitent pas à tout envoyer balader. Ils sont expérimentés, formés, très bien payés, mais ils se comportent comme le dernier des métallos. Mais pourquoi crachent-ils ainsi dans la soupe ?

En ce mois de septembre particulièrement imprévisible et chaotique, l’opinion générale n’est guère facile à saisir à propos de leur mouvement. Elle paraît largement silencieuse et réservée, comme hésitante, interloquée, vaguement jalouse. Même si, comme d’habitude, les moulins à prières s’en donnent à cœur joie, qui cherchent à débusquer du commentaire acerbe, et finissent par y parvenir. Un rien vicieux, un grand média interroge des passagers : Pas trop râleurs en apparence, plutôt modérés de prime abord et la main sur le cœur à propos du droit de grève. Mais à force d’insistance vient enfin le couplet assassin, avec son air de ne pas y toucher : Bien sûr qu’ils ont le droit de faire grève, mais ont-ils seulement pensé à moi, à mon meeting à Francfort, à mon briefing à Londres, à mon salon à Singapour, à ma tournée export, à mes contrats, à mes chefs, à mes objectifs, à mon planning, à mes horaires… Bref, et moi et moi et moi ? … Puis la digue cède, nimbée d’incompréhension plus ou moins paresseuse et convenue : tout cela est complètement ubuesque et insensé, cela ne mène à rien. Ils sont condamnés d’avance, on ne peut de toute façon les satisfaire ! Ils refuseraient d’embarquer pour un créneau qui marche, pour un marché en forte croissance, pour un segment qui crée de l’emploi ? Mais pour qui se prennent-ils ?

C’est au-delà de l’agacement, de la provoc, du mécontentement et des récriminations habituelles eu égard aux répercussions subies. C’est un sentiment plus fort qui sourd, comme une suffocation, une sidération, une complainte et un aveu en creux. Comprenez : Comment peuvent-ils ainsi dire non, quand moi j’en bave au quotidien, corvéable à merci, sur le pont du matin au soir, le petit doigt sur la couture du pantalon, éjectable au moindre froncement de sourcil, à la merci d’un patron tout puissant ? Eux, ils sont là, syndiqués, protégés, nantis, choyés, et ils poursuivent, impavides, inébranlables, sourds aux critiques, comme une caravane insensible traversant un désert de dévastation, sans un regard pour les fourmis laborieuses et impuissantes qui le peuplent ? Cette liberté-là existe donc encore ? Ce monde serait encore possible ?

Du coup les chiens de garde patentés se sentent obligés de monter au créneau : ainsi l’ineffable M. Seux, au Soir 3, face à sa confrère d’Alternatives Economiques qui n’a pas encore l’habitude des médias et sur laquelle il en profite pour fondre comme un faucon sur sa proie. Tout y passe : la leçon d’économie classique sur la situation du transport aérien, la leçon de marketing à deux balles sur l’heureuse surprise du « low-cost », la leçon de philosophie politique à la Thatcher sur l’air du TINA (there is no alternative), et donc la nécessité panurgiste de suivre le mouvement de dégradation subventionnée de la qualité, enfin le cours de journalisme bobo à propos du tarif Paris-Toulouse « que j’ai consulté, il n’y a pas 30 minutes sur internet », et qui nous révèle un écart totalement « incroyable, ma chère ! ». Enfin et sans cesser de couper la parole à son interlocutrice dès qu’elle tente de faire valoir son point de vue, la leçon de morale à propos de ces privilégiés qui ont l’audace de profiter de leur statut pour s’autoriser un véritable crime de lèse-majesté : Il est vrai que, par les temps qui courent, rompre le diktat de l’allégeance, de la soumission générale obligatoire et du silence dans les rangs sous peine d’exclusion, c’est assez rare pour qu’on le remarque ! C’est dément, indécent, insupportable, … mais c’est surtout politiquement dérangeant et socialement ravageur ! Et s’il prenait aux autres l’envie de relever la tête ?

Car voilà la grande affaire ! Depuis combien de temps n’avions-nous plus vu des salariés et des cadres envoyer paître leur PDG en lui disant ouvertement que sa ficelle est un peu grosse, et se murer dans un mépris souverain de ses calculs d’apothicaire ou de ses arguments boiteux ? Depuis combien de temps n’avions-nous plus entendu des personnels relativement nantis ne pas céder à la facilité, ne pas se laisser manipuler, ne pas craindre de dire stop, ne pas consentir au grand n’importe quoi au nom d’une prétendue modernité moutonnière et avilissante ? Depuis combien de temps n’avions-nous pas vu un fragment de salariat garder quelque réflexe critique, en dépit des tentations et des dévoiements, voire des trahisons, ou proclamer jalousement son indépendance d’esprit en défendant son libre-arbitre syndical, enfin revendiquer ou manifester haut et fort sa volonté de cogérer l’entreprise avec la prétention d’être aussi lucide et avisé que son dirigeant aux mains des actionnaires ? Quelle que soit la justesse de leurs prises de position, et ce que chacun peut en penser, ces hommes et ses femmes-là ne sont pas suspects d’avoir déchu de leur condition d’hommes libres, certes organisés pour défendre au mieux leur intérêt, mais agissant dans le cadre d’une loi qui ne doit rien au marché et d’une démarche qui ne craint pas de prendre des risques pour faire triompher ses vues.

C’est un signal fort, en quelque sorte : et même s’il est extrêmement et indéniablement coûteux à court terme en termes d’image, de chiffre d’affaires, de parts de marché ou de résultats d’exploitation, il en dit long sur la résignation des autres, et sur la soumission dans laquelle ils sont tombés au nom d’impératifs qui défient chaque jour ouvertement les droits qu’ils croyaient avoir acquis. Entendez par exemple ce bon M. Fabius, « socialiste » de son état, morigéner ces irresponsables au journal de 20 heures en les accusant pratiquement de trahir leur pays sous prétexte d’exercer leurs droits, ou de nuire gravement à la Nation parce qu’ils refusent de se laisser dicter comme lui leur actes en fonction de l’humeur des touristes ou du solde du commerce extérieur, ou de renoncer de ce fait aux acquis même de la simple sociale démocratie. Comment peut-on prétendre parler d’un droit aussi chèrement acquis que le droit de grève, si l’on sous-entend immédiatement qu’il doit céder devant la loi du marché et le déficit de la balance des paiements, sauf à considérer qu’une Constitution n’est qu’un simple chiffon de papier à effet contingent ?

Oui vous l’avez dit, dans Air France, il y a France, M. Fabius. Avec ses traditions de lutte, avec sa vision républicaine du droit social et de la dignité humaine, avec aussi son sens de l’égalité qui s’applique à tous les salariés menacés dans leurs intérêts légitimes, fussent-ils nettement mieux payés que la moyenne. Et merde au roi d’Angleterre, que ça vous hérisse le poil ou que ça aille à l’encontre des idées reçues, que ce ne soit pas a priori logique, habile, malin, calculé, opportun. Auriez-vous reproché, il y a deux cents ans et plus, aux armées de la République de mobiliser pour la guerre aux frontières au motif que se battre contre l’absolutisme empêchait de bien cultiver les champs ? Ces pilotes, ça ne les gêne pas d’affronter l’opinion commune, et ils restent droit dans leurs bottes, solides, lucides, prudents, carrés, au risque d’apparaître butés et inutilement soupçonneux. Mais au diable les épouvantails habituels, la rentabilité, la part de marché, le déficit, la compétitivité, le dialogue social. Un peu d’audace M. le Ministre. Eux, ils peuvent se le permettre, et ils veulent encore pouvoir se le permettre. Eux, ils disent ce qu’ils pensent sans prendre de gants, ce qui nous change un peu de votre diplomatie onctueuse à travers le vaste monde, avec les résultats que l’on sait, d’ailleurs.

Jusqu’à cette religion du « low-cost » qu’ils rejettent si elle doit devenir l’alpha et l’oméga de leur métier ou de leur prospérité supposée, le futur « business model » d’une société où la notion de valeur ajoutée est aussi rabougrie que les idées qui la portent au pinacle pour mieux l’assassiner, et notre niveau de vie avec. Non seulement très vulgaire mais aussi tout à fait déplacé, disent-ils en connaisseurs du transport aérien, ce modèle de société bien dans la logique anglo-saxonne classe contre classe, chacun dans son compartiment. Non, ils n’y croient pas et ils ne veulent pas y croire car ils n’ont pas les mêmes valeurs : Air France tout de même ! Eh oui.

Salariés donc, mais pas moutons. Et surtout pas dupe du premier bonimenteur qui vous chante ses « valeurs » et ses engagements de Jocrisse pour mieux vous endormir. Sans doute les salariés de Wonder, de Moulinex ou d’Alcatel n’auraient-ils pas connu le même sort s’ils avaient su discerner et résister à temps aux folies des Blayau, des Tchuruk, des Russo, ou des Tapie. Qui, au passage, ont tous tiré leur épingle des ruines qu’ils ont laissées derrière eux. Eh bien sans doute nos pilotes se sentent-ils capables, autant que leurs gourous autoproclamés, de distinguer les vessies des lanternes, et de juger de la validité d’une stratégie. « Tous n’étaient pas savants, mais tous pouvaient juger » disait Périclès.

Car voilà bien ce qu’on leur reproche en fait, cette prétention invraisemblable à discuter d’égal à égal, à vouloir exister malgré les injonctions de rentrer sous terre, à s’entêter à maintenir ce contre-pouvoir, à afficher cet volonté irréductible et si gauloise dans le fond de ne pas céder un pouce de dignité, de disputer le partage du gâteau sans se laisser conter qu’il est logique d’en rabattre avant même d’avoir pu en débattre, de s’imposer tout comme la cotisation sociale et l’impôt s’imposent au patron au nom de la contribution au bien commun.

Ce qu’aujourd’hui plus aucun salarié – on l’aura compris – n’ose même articuler et encore moins revendiquer, sinon devant le cercle goguenard de ses compagnons de bistrot ou le huis clos dramatique du désespoir qu’il n’ose pas même plus s’avouer.

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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   8/10/2015, 14:19

J'ai pas trop suivi de bout en bout ,mais je crois que les gens sont maintenant de plus en plus excités pour X raisons qu'ils en ont marre d'être les boucs émissaires de pseudos crises à rallonge dont l'origine serait les banques et tout l'enchainement qui s'en suit , on veut faire des esclaves de personnes avant de les avoir complètement anesthésiés et donc ils ont encore la force de se rebiffer , nous savons très bien que parfois devant un mur d'incompréhension difficile à franchir on peut perdre le sens de la mesure .
Ce qui n'est pas vraiment tolérable quand on se dit civilisé mais je n'ai pas envie de jeter la pierre .

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Psaume 1: verset 1 qui dit:

Heureux est l'homme, celui-là qui ne va pas au conseil des impies, ni dans la voie des égarés ne s'arrête, ni au banc des rieurs ne s'assied
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GIBET
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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   9/10/2015, 14:15

Je partage assez ton avis.

Je pense que progressivement la violence sociale va monter

L'absence de confiance dans le monde politique et les conneries perpétuelles de gouvernants qui n'ont jamais fait le moindre travail en dehors de la politique et qui ignorent tout de ce monde en souffrance, va finir par des explosions

Dans un monde civilisé on évite peut être la violence. Mais dans un monde de violence sociale où on envoie le lampiste salarié (DRH) expliquer aux salariés comme eux , que la rentabilité du  capital de l'entreprise sera priorisé sur leurs emplois, il ne faut pas s'étonner que la violence accompagne ces déclarations. Mais où était le PDG au moment de ces annonces? Calfeutré dans son bureau avec les administrateurs de l'entreprise ? Où étaient les politiques qui prennent ces décisions mais laissent les salariés les annoncer à leur collègues?

Alors quand un pseudo Président socialiste s'émeut que des salariés aient arraché une chemise et déchiré un costume ...mais ne s'émeut pas de 2500 licenciements et ce qui s'en suivra, c'est que le personnage à perdu tout contact avec les réalités!

Tu as raison chère Lyli@ne je ne leur lance pas la pierre...en revanche je crois qu'aujourd'hui je pourrai la balancer avec violence sur ce pouvoir qui ne représente plus, à mes yeux, aucune valeur!

GIBET

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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   10/10/2015, 12:42

Bien non corriges moi si je fais fausse route ce n'est pas lui le président qui a accordé dernièrement des couloirs aériens pour des sociétés d'aviation au Quatar où à l'Arabie Saoudite je ne sais plus lequel , qui forcément font concurrence à Air France , même si Air France était déjà dans le rouge ce n'est pas comme ça qu'elle va aller mieux , franchement j'en ai marre de ces pays du golfe tous confondus qui nous pourrissent la vie indirectement .
J'ai honte d'avoir un tel président .

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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   10/10/2015, 21:13

Citation :

Les annonces provocatrices de la direction d’Air France ont fait éclater la colère des salariés. Les organisations syndicales ont fait le maximum pour éviter et limiter les violences (*) . Pour nous, socialistes, il ne s’agit ni de condamner, ni d’approuver, mais de comprendre. Il suffit pour cela de relire ce que disait Jean Jaurès dans son discours devant la Chambre des députés lors de la séance du 19 juin 1906 :

Citation :
 « Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. […] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Malheureusement, Manuel Valls traite les salariés de « voyous » et prend fait et cause pour la direction d’Air France. Il est vrai qu’il se réfère plus souvent à Clémenceau, le briseur de grèves, qu’à Jaurès…

Nous sommes de plus en plus nombreux, socialistes, à nous opposer à ces attitudes et comportements de ceux qui se réclament de valeurs qu'ils ne possèdent pas

Ce n'est pas pour choisir le politique "d'en face" qui ne sera pas plus brillante. C'est pour rappeler qu'il existe une autre voie que celle du "socio-libéralisme" actuel.
Cette voie ce n'est pas celle des sirènes, ni celle de la xénophobie et de la haine...c'est celle que nos parents nous ont léguée.

Ils l'ont souvent exprimée avec violence ...et encore plus souvent avec la violence de leur sang versé.
Elle n'était ni franchouillarde, ni nationaliste , ni populiste...elle était humaine car imposée par le peuple.
Je le sens qui s'éveille !
Le peuple n'est pas un voyou , Monsieur Valls, ... et 2500 d'entre eux perdront leur chemise par décision patronale. Alors ne pleurons pas qu'un DRH ait perdu la sienne!
GIBET

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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   15/10/2015, 15:34

Lysli@ne a écrit:
Bien non corriges moi si je fais fausse route ce n'est pas lui le président qui a accordé dernièrement des couloirs  aériens pour des sociétés d'aviation au Quatar où à l'Arabie Saoudite je ne sais plus lequel , qui forcément font concurrence à Air France , même si Air France était déjà dans le rouge ce n'est pas comme ça qu'elle va aller mieux , franchement j'en ai marre de ces pays du golfe tous confondus qui nous pourrissent la vie indirectement .
J'ai honte d'avoir un tel président .
Oui c'est bien lui!!

Citation :

Combat social
Quand les chemises tombent, les masques aussi
mercredi 14 octobre 2015
Par Guillaume Etiévant
Secrétaire national à l'économie du Parti de Gauche
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Source externe
Afficher cet article dans son contexte d'origine (source : http://guillaumeetievant.com/2...)

Les salariés d’Air France qui ont arraché la chemise de deux cadres dirigeants ont dévoilé bien plus que leurs torses. Ils ont ce faisant contribué à mettre en lumière la tragédie des plans sociaux qui s’imposent aux salariés. Ils ont aussi divulgué la mascarade du « dialogue social » entre « partenaires sociaux ». Quelques semaines après le vote de la loi Rebsamen sur le dialogue social et les annonces du rapport Combrexelle qui va donner lieu à une nouvelle loi début 2016, le conflit à Air France tombe bien mal pour le gouvernement.
D’une chemise, l’autre

L’acharnement politique et médiatique contre les syndicalistes et les salariés d’Air France s’explique en partie par les millions de dépenses publicitaires, dont la compagnie arrose les grands médias du pays. Il est également dû à la gêne de l’État quant aux choix très contestables qu’il fait pour maximiser les remontées de dividendes et dont il n’a pas intérêt à tenir la population informée. De fait, la part minoritaire de l’État dans Air France (300 millions d’euros) ne pèse pas grand-chose face à son rôle d’actionnaire majoritaire d’ADP (Aéroport de Paris) dont il détient 5 milliards d’euros du capital. Pour augmenter les profits des aéroports et donc les remontées de dividendes, l’État favorise en effet activement les concurrents d’Air France, quelles que soient leurs pratiques et l’origine de leur financement. Il multiplie notamment les autorisations de décollage et d’atterrissage pour la compagnie Qatar Airways. Il y a quelques mois François Hollande a même été jusqu’à décorer la chemise du patron de Qatar Airways, Akbar al-Baker, de la médaille d’officier de la légion d’honneur. Et ce sont les salariés d’Air France qui payent le prix de ces choix. Quant aux 66 millions d’euros de CICE (Crédit impôt compétitivité emploi), que les contribuables français ont, bien malgré eux, versés à Air France en 2014, ils n’ont, force est de le constater, aucunement été utilisés pour l’emploi.
Vous avez dit « dialogue social » ?

Pourtant, là n’est pas la principale explication de l’acharnement médiatique et politique contre les syndicats et les salariés d’Air France. Ce que n’a pu supporter le pouvoir en place, c’est que soudain, ce lundi 5 octobre, comme l’a à juste titre relevé Jean-Luc Mélenchon, la question sociale est revenue sur le devant de la scène. Avec cette question, le patronat, et le gouvernement qui défend à la lettre ses intérêts, espéraient bien en avoir fini pour de bon. Depuis des années, un rouleau compresseur idéologique assène à la population l’idée qu’employeurs et salariés auraient des intérêts communs, qu’ils pourraient paisiblement s’asseoir autour d’une table, et déterminer ensemble les meilleurs choix pour tous, aboutissant à des accords « gagnant-gagnant » débouchant le plus souvent sur la destruction de l’emploi et du droit du travail, la baisse des salaires, la précarisation généralisée.

C’est ce qu’ils appellent la « démocratie sociale ». Curieuse « démocratie » que celle où le patron (et donc l’actionnaire qui lui donne les ordres) a droit de veto sur l’ensemble des revendications des salariés. Étranges « partenaires sociaux », dont l’un risque tous les jours le licenciement décidé par l’autre. Étonnant « dialogue social », dans lequel les propositions rejetées par les représentants des salariés sont mises en œuvre malgré tout. Elles seront même au-dessus du code du travail et s’imposeront à lui ; c’est en tout cas la volonté du rapport Combrexelle1. La fable du « dialogue social » s’est développée et répandue à grand renfort d’études et de rapports (Terra Nova, Institut Montaigne, etc.) rédigés par des « experts » qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise et qui, par ignorance, par bêtise et, le plus souvent, par volonté idéologique, nient en bloc le rapport de classe au fondement de la relation actionnaires/ salariés.

Cette mascarade se renforce par les humiliations médiatiques à répétition contre les syndicalistes qui organisent des grèves et démontrent ainsi que le dialogue dans l’entreprise n’existe pas réellement, mais qu’il y a au contraire une confrontation d’intérêts divergents. De Jean-Marie Cavada dans les années 1990 à David Pujadas aujourd’hui, le procédé est toujours le même : ridiculiser et culpabiliser les syndicalistes ; ne jamais remettre en cause les agissements ni la représentativité du Medef ; ne jamais s’étonner que les négociations nationales interprofessionnelles se déroulent dans les locaux du Medef, à partir de textes rédigés par le Medef, et validés dans des réunions bilatérales avec le gouvernement, alors même que ce syndicat patronal ne représente qu’une part infime des entreprises françaises.

Si Manuel Valls a parlé « d’agissements de voyous », de « violence inqualifiable et inadmissible dans notre société », et exigé « des sanctions lourdes à l’égard de ceux qui se sont livrés à de tels actes », ce n’est pas seulement à cause de son habituel mépris des salariés, c’est aussi qu’il ne supporte pas que sa mise en scène si adroitement montée puisse s’effondrer. Soudain, les médias sont obligés de laisser apercevoir que derrière l’ambiance tamisée des négociations lors desquelles les délégués syndicaux font de leur mieux (malgré de maigres moyens, encore dégradés par les dernières réformes) pour limiter la casse, il y a des millions de salariés qui n’en peuvent plus et n’ont pas conscience de la force qu’ils constituent.
Un moment utile

Grâce aux salariés d’Air France, nous avons vu des syndicalistes et des élus d’un CCE (Comité central d’entreprise) à la télévision. Nous avons aperçu des syndicalistes dans leur confrontation avec leur direction, pour essayer de sauver des emplois. Nous avons aperçu, un instant, les salariés être plus forts que les patrons, car plus nombreux. Bien sûr, ça n’est qu’un moment, seulement quelques images, qui n’empêcheront nullement la direction d’Air France d’aller au bout de ses nuisibles intentions. Et pourtant c’est utile. Car l’unique possibilité, un jour, de renverser l’ordre capitaliste des choses, c’est que les salariés prennent, par leurs actes, conscience de leur force collective. Tout au long du 20e siècle, le socialisme parlementaire n’a rien détruit du système qu’il prétendait briser de l’intérieur. Il l’a au contraire favorisé, développé, sécurisé. Les prédictions de Jaurès ne se sont jamais réalisées, les socialistes n’ont jamais permis aux classes populaires d’investir le pouvoir. La social-démocratie n’a jamais transposé sur le terrain politique le combat de classe qui se joue dans l’entreprise. Elle a, au contraire, effectué le mouvement inverse, et transcrit dans l’entreprise les évolutions de la démocratie politique. A peine arrivé au pouvoir au début des années 1980, le Parti socialiste s’est rallié aux idées libérales et a, dans le même mouvement, commencé à considérer que les intérêts des employeurs et des salariés étaient communs. Alors que la négociation collective avait parfois permis d’obtenir des acquis sociaux qui pouvaient se généraliser (par exemple la troisième semaine de congés payés suite à l’accord Renault de 1955), on inverse peu à peu son rôle et elle devient aujourd’hui un outil puissant de réduction des droits. Seuls les salariés peuvent renverser cette donne, en se considérant non pas seulement comme des consommateurs, mais comme des producteurs. Si les salariés s’arrêtent de travailler, le profit disparait et le monde capitaliste s’arrête de tourner. Comme le disait Jules Cazelle, président de la commission de grève des menuisiers en 1879 : « les patrons s’inclineront devant nous, car nous sommes les producteurs et quand les bras ne se mettent pas au travail, le capital tombe »2.

L’air de rien

De nombreux salariés, derrière leur téléviseur, ont esquissé de larges sourires en voyant ces deux dirigeants d’Air France ramenés à ce qu’ils sont. De pauvres types. De riches bourgeois n’ayant pas une once de dignité, capables même de défendre le travail des enfants et de louer l’emprisonnement des syndicalistes de Qatar Airways3. Des gens capables de briser des vies, des familles entières, l’air de rien, en passant, sans aucune conscience. Bref, ceux que Sartre appelait des salauds, ceux qui croient ne pas choisir, ne pas avoir le choix, alors qu’ils sont pleinement responsables de leurs actes. Oui, voir cette direction soudain humiliée, ça donne de l’espoir. Pas grand-chose ; une petite étincelle. Dans la période, c’est déjà beaucoup. Alors merci aux salariés d’Air France.

Que je dénonce avec des confrères dans un ouvrage à paraître fin octobre aux éditions Syllepse : Le code du travail en sursis? Note de la Fondation Copernic, Emmanuel Dockès, Josépha Dirringer, Guillaume Etiévant, Patrick Le Moal, Marc Mangenot, éditions Syllepse, 2015. [↩]
Cité dans l’excellent recueil de textes Déposséder les possédants, La grève générale aux « temps héroïques » du syndicalisme révolutionnaire (1895-1906), éditions Agone, 2008. [↩]
Voir l’enquête de Mediapart : http://www.mediapart.fr/journal/france/160315/le-pdg-dair-france-divague-sur-les-acquis-sociaux [↩]

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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   15/10/2015, 16:45

Ton article est super intétéressant il explique beaucoup de choses qui peuvent échapper , je me suis permise de "l'exporter" chez Bens , j'espère que tu n'y verras aucun inconvénient .

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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   15/10/2015, 17:33

Oh non aucun

Tout ce qui est posté sur le forum appartient à tous...sauf ce qui est dans le club privé et qui est personnel.

C'est vrai que nous n'avons pas ouvert tous les forum pour éviter les pingouins qui trainent de forum en forum pour déverser leur bile

Cela ne sert à rien d'être nombreux si c'est pour détruire...autant être entre nous pour s'informer et échanger ...et exporter nos infos

Tu as carte blanche chère Lysli@ane

GIBET

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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   15/10/2015, 19:26

Merci bien sûr que le club privé est privé ainsi que vos poésies personnelles . .
Si j'ai un doute une autre fois je te demanderai quand même avant,  mais comme parfois tu t'absentes et les infos quand c'est pas à l'heure c'est plus l'heure .
Déjà le truc d'Air France c'est déjà un peu tard .

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Psaume 1: verset 1 qui dit:

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MessageSujet: Re: Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !   16/10/2015, 03:05

Pas de problème chère Lysli@ne et c'est en toute confiance que nous te donnons carte blanche.
Nous savons tous sans problème pouvoir le faire
GIBET

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Oui M. le Ministre, dans Air France, il y a France !
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